
Vous sortez une pièce du plateau et des fils fins de plastique relient toutes les parois entre elles, comme une toile d’araignée. Ce défaut, le stringing (ou « cheveux d’ange » en français), est l’un des plus courants en impression 3D FDM. La bonne nouvelle : il se règle méthodiquement, en jouant sur trois paramètres principaux. Ce guide vous donne les valeurs de départ et la logique pour trouver les bons réglages sur votre machine.
Pourquoi le stringing se produit
Le stringing apparaît quand la tête d’impression se déplace d’un point à un autre sans déposer de matière, et que le filament fondu continue de suinter hors de la buse pendant ce déplacement. Trois facteurs alimentent ce phénomène. La température de la buse joue le rôle le plus direct : plus le plastique est chaud, plus il est liquide et plus il coule facilement. La rétraction (le recul du filament au moment du déplacement) détermine si ce suintement est stoppé avant le mouvement. Enfin, la vitesse de déplacement conditionne le temps disponible pour que la matière s’écoule pendant le trajet.
Un quatrième facteur moins visible est l’humidité du filament. Un filament mal stocké absorbe l’eau ambiante, et l’évaporation de cette humidité crée des bulles de vapeur qui éjectent de petites gouttes de plastique pendant les déplacements. Si votre stringing apparaît soudainement sur une bobine qui fonctionnait bien, vérifiez l’état du filament avant de modifier vos réglages.
Méthode de réglage étape par étape
Étape 1 : la température. Commencez par baisser la température de la buse par paliers de 5°C. Pour du PLA, la plage usuelle se situe entre 190°C et 220°C. Si vous imprimez à 215°C et observez du stringing, descendez à 210°C, imprimez un test (une tour de stringing ou simplement deux colonnes séparées), et observez. Continuez jusqu’à 200°C si nécessaire. Attention, une température trop basse provoque de la sous-extrusion, des couches mal soudées et un mauvais rendu de surface. Trouvez l’équilibre entre absence de stringing et bonne fusion des couches.
Étape 2 : la rétraction. C’est le réglage le plus puissant contre le stringing. Pour un extrudeur direct drive (la buse est montée directement sous le moteur), commencez avec 0.5 à 1.5 mm de rétraction à 40-50 mm/s. Pour un système Bowden (tube PTFE entre le moteur et la buse), il faut augmenter significativement la distance, typiquement entre 4 et 7 mm, car la longueur du tube réduit la réactivité mécanique. Augmentez la distance par paliers de 0.5 mm. Une rétraction excessive crée un autre défaut : le « grinding » (le filament est abrasé par le galet d’entraînement) ou des espaces vides en début de ligne.
Étape 3 : la vitesse de déplacement. Augmenter la vitesse de déplacement (travel speed) réduit le temps pendant lequel la buse est en transit et peut donc suinter. Partez de 150 mm/s et montez à 200 mm/s si votre machine est mécaniquement stable. Sur des imprimantes CoreXY rigides comme la Bambu Lab P1S ou la Creality K1C, des vitesses de 300 mm/s en déplacement sont courantes et réduisent considérablement le stringing, même sans rétraction parfaite.
Étape 4 : les options complémentaires du slicer. Dans Bambu Studio ou OrcaSlicer, activez l’option Avoid crossing perimeters (ou « éviter de traverser les périmètres ») : le slicer choisit des trajectoires de déplacement qui restent à l’intérieur de la pièce, ce qui cache les éventuels fils dans la masse. La fonction Combing dans Cura fait la même chose. Activez aussi le Z-hop avec parcimonie (0.1 à 0.2 mm) : la tête monte légèrement avant chaque déplacement, ce qui évite que le plastique suintant touche les parois déjà imprimées.
| Paramètre | Direct Drive | Bowden |
|---|---|---|
| Rétraction distance | 0.5 – 1.5 mm | 4 – 7 mm |
| Vitesse rétraction | 40 – 60 mm/s | 40 – 60 mm/s |
| Température PLA | 195 – 215°C | 195 – 215°C |
| Vitesse déplacement | 150 – 200 mm/s | 150 – 200 mm/s |
Résultats attendus et vérification
Imprimez le modèle standard de test de stringing (disponible sur Printables ou Thingiverse : une série de tours coniques séparées par des espaces). Avant réglage, vous devriez voir des fils reliant les tours. Après réglage, les espaces doivent être propres. Quelques micro-fils résiduels très fins (moins de 0.1 mm, difficilement visibles à l’oeil nu) sont acceptables et se retirent au post-traitement thermique (un léger passage de chaleur les fait rétracter). Si des fils épais persistent après avoir ajusté les trois paramètres, vérifiez l’état de votre filament et séchez-le 4 à 6 heures à 45°C (PLA) avant de recommencer.
Pour les impressions multi-matériaux ou les pièces avec de nombreux déplacements, le réglage fin de la rétraction devient critique. Notre comparatif Bambu Lab P1S vs P2S montre comment les deux machines gèrent différemment le stringing en impression multi-couleurs.
Les imprimantes qui gèrent le mieux le stringing
Les machines CoreXY modernes ont un avantage structurel sur le stringing : leurs vitesses de déplacement élevées réduisent mécaniquement le temps de transit. La Bambu Lab P2S illustre bien cette logique : avec des déplacements à 500 mm/s et un extrudeur direct drive, elle produit des pièces quasi sans stringing avec les profils par défaut sur du PLA. Pas besoin de passer des heures à régler : la calibration automatique et les profils filament pré-optimisés font le travail.
La Creality K1C (environ 350 €) est une alternative CoreXY abordable avec extrudeur direct et Klipper intégré. Elle offre un bon point de départ pour le réglage du stringing, avec des profils communautaires bien documentés. Pour les makers qui veulent une machine à régler soi-même, la K1C est une bonne base de travail. Pour en savoir plus sur les réglages avancés en impression 3D, les ressources de Prusa Research offrent une référence solide, même si elles s’appliquent principalement à leurs propres machines.
Questions fréquentes
Le stringing apparaît uniquement sur certains modèles, pas tous. Pourquoi ? Le stringing dépend de la distance et du nombre de déplacements entre les parois. Un modèle avec beaucoup d’îlots séparés ou de trous génère plus de déplacements qu’une pièce compacte. Si vous observez du stringing sur un modèle précis mais pas sur d’autres, essayez d’activer l’option « Avoid crossing perimeters » dans votre slicer avant de modifier les réglages de rétraction.
J’ai augmenté la rétraction et j’ai maintenant des trous en début de ligne. Comment corriger ? Ce phénomène s’appelle underextrusion post-rétraction. Réduisez légèrement la distance de rétraction (0.2 à 0.3 mm) et activez l’option « extra restart distance » ou « retraction extra prime amount » dans votre slicer pour compenser la matière perdue pendant la rétraction. Une valeur de 0.1 à 0.2 mm cube est un bon point de départ.
Conclusion
Le stringing se corrige en trois étapes logiques : baisser la température, augmenter la rétraction, accélérer les déplacements. Commencez toujours par la température, car c’est le levier le plus impactant et le plus simple à ajuster. Imprimez un test à chaque modification pour isoler l’effet de chaque paramètre. Avec une machine moderne et un filament bien sec, quelques itérations suffisent pour obtenir des pièces propres.